Thursday, August 27 2026

Le prix d’une indépendance en afrique .

Comment la guerre a façonné le Soudan et le Soudan du Sud ?

Note méthodologique importante : il n’existe pas une seule « guerre entre le Soudan et le Soudan du Sud ». La grande guerre de 1983–2005 était une guerre civile à l’intérieur du Soudan. Les combats directs entre les deux États ont surtout eu lieu après l’indépendance, notamment en 2012. À partir de 2013, le Soudan du Sud a connu sa propre guerre civile. Enfin, la guerre commencée au Soudan en 2023 est un autre conflit. Les chiffres de morts et de déplacés doivent donc être séparés.


 

L'histoire du Soudan et du Soudan du Sud est l'une des plus longues crises politiques et humanitaires de l'Afrique contemporaine.

 

La deuxième guerre civile soudanaise, qui a commencé en 1983, a duré plus de vingt ans. Selon les Nations unies, plus de 2 millions de personnes sont mortes, environ 4 millions ont été déplacées et environ 600 000 ont fui le pays comme réfugiés. (ONU Paix)

Le conflit opposait principalement le gouvernement soudanais au Sudan People's Liberation Movement/Army, le SPLM/SPLA. Les causes étaient multiples : partage du pouvoir, ressources naturelles, pétrole, religion, autonomie du Sud, terres et autodétermination. (ONU Paix)

L'Accord de paix global de 2005, signé le 9 janvier à Nairobi, a mis fin à cette guerre et prévu une période de transition ainsi qu'un référendum sur l'avenir du Sud. L'accord comportait également des mécanismes de partage du pouvoir, de la sécurité et des revenus pétroliers. (Organisation des Nations Unies)

En janvier 2011, 98,83 % des votants au référendum ont choisi l'indépendance. (ONU Paix)

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud devient donc un État indépendant.

Mais l'indépendance n'a pas supprimé les problèmes hérités de la guerre. Elle en a transformé certains en problèmes entre deux États : pétrole, frontières, Abyei, dette, citoyenneté, sécurité et partage des infrastructures.

En 2012, les relations ont dégénéré jusqu'à des combats directs, notamment autour de Heglig. Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 2046 le 2 mai 2012, demandant notamment l'arrêt des hostilités et le retrait des forces des deux côtés de la frontière. (Organisation des Nations Unies)

Puis, en décembre 2013, le Soudan du Sud a sombré dans une nouvelle guerre civile. Une étude de la London School of Hygiene & Tropical Medicine estime à environ 383 000 le nombre de décès excédentaires causés par cette guerre entre décembre 2013 et avril 2018. (LSHTM)

En 2026, le conflit n'est toujours pas véritablement terminé. L'UNMISS a documenté 1 388 victimes civiles entre janvier et mars 2026, dont 767 morts, 457 blessés, 93 personnes enlevées et 71 victimes de violences sexuelles liées au conflit. (unmiss.unmissions.org)

Dans le même temps, 7,8 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë au cours de la période de soudure 2026, dont environ 73 000 personnes en situation de catastrophe alimentaire, selon le PAM et ses partenaires. (Programme Alimentaire Mondial)


2. Les racines historiques du conflit

 

1. Un pays construit autour de fortes inégalités

Le Soudan était un État extrêmement vaste et hétérogène.

Il réunissait des populations ayant des histoires, langues, identités, structures sociales et traditions politiques très différentes.

Le problème n'était cependant pas simplement une opposition entre « Arabes du Nord » et « Africains du Sud ». Cette présentation est trop simpliste.

Les conflits concernaient notamment :

  • le contrôle de l'État 

  • l'accès aux ressources 

  • la représentation politique 

  • les terres 

  • la religion 

  • l'autonomie régionale 

  • le développement économique 

  • les ressources pétrolières 

  • l'identité nationale 

  • le droit à l'autodétermination.

L'ONU décrit précisément la deuxième guerre civile comme une lutte autour des ressources, du pouvoir, de la place de la religion dans l'État et de l'autodétermination. (ONU Paix)


3. La première guerre civile

Après l'indépendance du Soudan en 1956, les tensions entre le gouvernement central et le Sud ont rapidement augmenté.

La première guerre civile s'est terminée en 1972 avec l'Accord d'Addis-Abeba.

L'accord accordait une certaine autonomie au Sud.

Mais cette paix ne fut pas durable.

Le système d'autonomie fut progressivement remis en cause et de nouvelles décisions politiques du gouvernement central alimentèrent les tensions.

Cette expérience est importante car elle montre un problème qui reviendra en 2005 :

la paix ne dépend pas seulement de la signature d'un accord, mais de sa mise en œuvre.


4. La deuxième guerre civile : 1983–2005

1. Le début

La deuxième guerre civile commence en 1983 après l'effondrement de l'arrangement politique issu de l'accord de 1972.

Le principal mouvement rebelle du Sud devient le SPLM/SPLA, dirigé pendant une grande partie de la guerre par John Garang.

Le gouvernement soudanais combat le mouvement sudiste pendant plus de deux décennies.

L'ONU estime le bilan à :

  • plus de 2 millions de morts ;

  • 4 millions de personnes déplacées ;

  • environ 600 000 réfugiés. (ONU Paix)


5. Pourquoi autant de personnes sont-elles mortes ?

Le chiffre de plus de 2 millions ne signifie pas que 2 millions de personnes ont été tuées directement par des soldats.

C'est un point essentiel.

Une guerre de cette durée produit des morts par plusieurs mécanismes :

Violence directe

  • combats ;

  • bombardements ;

  • massacres ;

  • exécutions ;

  • violences contre les villages.

Famine

La destruction des récoltes et le déplacement des agriculteurs réduisent la production alimentaire.

Maladies

Les populations déplacées vivent dans des conditions où les maladies deviennent beaucoup plus difficiles à contrôler.

Effondrement sanitaire

Les hôpitaux et les centres de santé sont détruits ou deviennent inaccessibles.

Déplacements

Les populations qui fuient perdent leur logement, leurs terres, leurs animaux et leurs moyens de subsistance.

C'est pourquoi le chiffre de deux millions doit être présenté comme une estimation de mortalité liée à la guerre, et non comme un registre exact des personnes tuées au combat. L'ONU parle de « more than two million people died ». (ONU Paix)


6. Le déplacement massif des populations

Le déplacement a été presque aussi important que la mortalité.

L'ONU estime qu'environ 4 millions de personnes ont été déracinées pendant la guerre et environ 600 000 ont fui vers d'autres pays. (Organisation des Nations Unies)

Les principaux pays d'accueil comprenaient notamment :

  • l'Ouganda ;

  • le Kenya ;

  • l'Éthiopie ;

  • la République centrafricaine ;

  • le Tchad ;

  • d'autres régions du Soudan.

Les déplacements ont détruit des communautés entières.

Un agriculteur qui abandonne son village ne perd pas seulement sa maison :

il perd sa terre, son bétail, ses récoltes, son réseau social et parfois les documents permettant de prouver son identité ou ses droits fonciers.


7. Le rôle de la famine

La famine a été utilisée comme arme ou a résulté indirectement des opérations militaires.

La destruction des récoltes et le blocage de l'aide humanitaire ont parfois transformé des crises militaires en catastrophes alimentaires.

C'est un mécanisme fondamental pour comprendre pourquoi les estimations de mortalité sont tellement supérieures au nombre de personnes directement tuées dans les combats.


8. L'accord de paix de 2005

Le 9 janvier 2005, le gouvernement soudanais et le SPLM/SPLA signent à Nairobi le Comprehensive Peace Agreement, ou CPA.

L'accord devait :

  • mettre fin à la guerre ;

  • organiser le partage du pouvoir ;

  • organiser le partage des ressources ;

  • établir des arrangements de sécurité ;

  • donner une autonomie importante au Sud ;

  • préparer un référendum sur l'avenir du Sud. (Peacemaker)

Accord de paix global de 2005 — texte et documents de l’ONU

Le Secrétaire général de l'ONU de l'époque, Kofi Annan, décrivait l'accord comme une possibilité de mettre fin à un conflit qui avait fait au moins deux millions de morts, déplacé quatre millions de personnes et poussé 600 000 personnes vers les pays voisins. (Organisation des Nations Unies)


9. Pourquoi le pétrole était au centre de l'accord

Le pétrole est l'un des éléments les plus importants de toute l'histoire.

Une grande partie des champs pétroliers se trouvait dans le Sud, tandis que les infrastructures permettant l'exportation étaient largement situées au Nord.

Cela créait une interdépendance :

le Sud avait le pétrole ; le Nord possédait les routes essentielles pour le transporter vers les marchés internationaux.

Le CPA prévoyait donc des mécanismes de partage des revenus pétroliers. (Peacemaker)

C'était une solution temporaire permettant de maintenir l'unité du pays pendant la période de transition.

Mais cette dépendance deviendra l'un des plus grands problèmes après 2011.


10. Le référendum de 2011

Le CPA prévoyait un référendum.

En janvier 2011, les Sud-Soudanais ont donc voté.

Le résultat est exceptionnel :

98,83 % pour l'indépendance

L'ONU a considéré que le référendum avait été organisé de manière pacifique et crédible et que le résultat reflétait la volonté exprimée par la population du Sud. (ONU Paix)

Résultats du référendum — Nations unies


11. Le 9 juillet 2011 : naissance du Soudan du Sud

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud devient indépendant.

Pour la population qui avait vécu plusieurs décennies de guerre, c'est une victoire historique.

Mais le nouvel État hérite immédiatement d'énormes problèmes :

  • institutions faibles ;

  • infrastructures limitées ;

  • pauvreté ;

  • frontières contestées ;

  • armées encore présentes ;

  • groupes armés ;

  • dépendance au pétrole ;

  • absence d'accès direct à la mer ;

  • problèmes de citoyenneté ;

  • conflit autour d'Abyei.

L'indépendance crée donc un État souverain, mais pas automatiquement un État stable.


12. Le problème géographique : un pays riche en pétrole mais enclavé

C'est probablement l'un des paradoxes les plus importants.

Le Soudan du Sud possède d'importantes ressources pétrolières.

Mais il n'a pas de façade maritime.

Pour exporter le pétrole, il dépend donc largement des infrastructures passant par le Soudan.

Cela signifie qu'après 2011 :

Juba et Khartoum restent économiquement interdépendants malgré leur séparation politique.

La Banque mondiale souligne encore en 2026 que la dépendance extrême au pétrole, les perturbations des infrastructures d'exportation au Soudan et les problèmes de gouvernance restent des facteurs majeurs de vulnérabilité économique. (Banque Mondiale)

Banque mondiale — South Sudan Public Finance Review 2026


13. Abyei : la frontière qui n'a jamais été vraiment réglée

Abyei est devenue l'un des problèmes les plus sensibles après l'indépendance.

La région est située entre le Soudan et le Soudan du Sud et possède une importance :

  • territoriale ;

  • économique ;

  • politique ;

  • pastorale ;

  • stratégique.

La question est compliquée par les mouvements saisonniers de populations et de bétail.

Elle concerne notamment les Dinka Ngok et les Misseriya.


14. L'arbitrage international sur Abyei

En 2008, les parties ont accepté de soumettre la question à un tribunal arbitral.

Le 22 juillet 2009, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye a rendu sa décision sur la délimitation d'Abyei. (Unmissions)

Cour permanente d’arbitrage — Affaire Abyei

Cette décision était juridiquement importante, mais elle n'a pas réglé la question politique du statut définitif d'Abyei.

C'est une distinction essentielle :

délimiter une zone n'est pas la même chose que décider définitivement à quel État elle appartient.


15. Kordofan méridional et Nil-Bleu

Le CPA ne concernait pas seulement le Sud.

Certaines régions restées au Soudan, notamment le Kordofan méridional et le Nil-Bleu, avaient également des liens étroits avec le SPLM.

La situation dans ces régions est devenue une source de conflit après 2011.

Cela montre une faiblesse du processus de paix :

la frontière entre les deux nouveaux États ne correspondait pas à toutes les zones où les revendications politiques et militaires étaient présentes.


16. La crise pétrolière de 2012

En janvier 2012, le Soudan du Sud a suspendu sa production pétrolière dans le cadre du conflit avec Khartoum.

Cette décision a eu des conséquences économiques énormes.

Le pays perdait une source essentielle de revenus tandis que le Soudan perdait également des revenus liés au transit et à l'exploitation.

C'est un exemple exceptionnel de la façon dont une infrastructure économique peut devenir une arme politique.

Le pétrole était devenu :

une ressource économique + un instrument de pression + une source de vulnérabilité.


17. Heglig : le moment où les deux États se rapprochent de la guerre

En 2012, les forces soudanaises et sud-soudanaises se sont affrontées directement autour de zones frontalières.

Heglig était particulièrement importante en raison de son importance pétrolière et stratégique.

Les forces sud-soudanaises ont pris la zone avant que les forces soudanaises ne la reprennent.

Cette confrontation constitue l'un des meilleurs exemples d'une véritable confrontation interétatique post-indépendance.


18. La résolution 2046 de l'ONU

Le 2 mai 2012, le Conseil de sécurité adopte la résolution 2046.

Le Conseil demande notamment :

  • la cessation immédiate des hostilités ;

  • le retrait des forces de part et d'autre de la frontière ;

  • l'arrêt du soutien aux groupes armés opposés à l'autre État ;

  • la reprise des négociations ;

  • des mécanismes de sécurité frontalière. (Organisation des Nations Unies)

Résolution 2046 — Conseil de sécurité de l’ONU

La résolution est importante car elle démontre que la situation avait dépassé le stade d'une simple dispute diplomatique.


19. Pourquoi les deux pays n'ont-ils pas continué vers une guerre totale ?

Plusieurs raisons.

Première raison : le pétrole

Les deux économies avaient intérêt à éviter une destruction prolongée des infrastructures.

Deuxième raison : la pression internationale

L'ONU et l'Union africaine ont fortement poussé les deux gouvernements vers les négociations.

Troisième raison : le coût humain

Les deux pays sortaient de décennies de guerre.

Une nouvelle guerre totale aurait provoqué une nouvelle catastrophe humanitaire.

Quatrième raison : l'interdépendance

Le Soudan du Sud avait besoin des pipelines soudanais.

Le Soudan avait besoin des revenus associés au transit.


20. Les accords de 2012

Le 27 septembre 2012, les deux gouvernements ont conclu plusieurs accords portant notamment sur :

  • la sécurité 

  • le pétrole 

  • les relations économiques 

  • la coopération 

  • les questions frontalières.

Ces accords ont contribué à réduire le risque d'une guerre interétatique prolongée.

Mais Abyei et plusieurs problèmes frontaliers sont restés non résolus.


21. Le tournant de 2013 : une nouvelle guerre, cette fois au Soudan du Sud

C'est ici qu'il faut absolument éviter une erreur historique.

En décembre 2013, la guerre change de nature.

Ce n'est plus principalement :

Soudan contre Soudan du Sud.

C'est principalement :

Sud-Soudanais contre Sud-Soudanais.

La crise politique autour du président Salva Kiir et de son ancien vice-président Riek Machar dégénère en conflit armé.

Les divisions politiques se combinent avec des violences communautaires et des affrontements entre forces armées et groupes associés aux différents camps.


22. Le bilan de la guerre civile de 2013

Une étude de la London School of Hygiene & Tropical Medicine a estimé à environ :

383 000 décès excédentaires

entre décembre 2013 et avril 2018. (LSHTM)

Étude LSHTM — mortalité liée à la crise au Soudan du Sud

Le terme « décès excédentaires » est très important.

Il signifie que les chercheurs estiment combien de décès supplémentaires ont eu lieu par rapport à la mortalité attendue sans conflit.

Le chiffre comprend donc :

  • morts violentes ;

  • maladies ;

  • famine ;

  • malnutrition ;

  • absence de soins ;

  • conséquences du déplacement.


23. Pourquoi l'étude LSHTM est particulièrement importante

Les statistiques militaires classiques sous-estiment souvent les conséquences des guerres.

Si une personne meurt de faim après avoir fui un bombardement, elle n'est pas nécessairement enregistrée comme « victime de guerre ».

La méthode statistique utilisée par LSHTM cherche justement à mesurer cette mortalité indirecte.

C'est pourquoi un rapport sérieux doit donner :

383 000 décès excédentaires, et non simplement « 383 000 personnes tuées ». (LSHTM)


24. Déplacement après 2013

La guerre civile a provoqué une nouvelle catastrophe régionale.

Des millions de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays ou ont fui vers les États voisins.

Les conséquences ont été particulièrement lourdes pour :

  • l'Ouganda 

  • l'Éthiopie 

  • le Kenya 

  • le Soudan 

  • la République démocratique du Congo.

Le déplacement devient alors un phénomène générationnel : des enfants nés pendant la première guerre deviennent adultes pendant la deuxième.


25. Les enfants

Les enfants subissent la guerre de plusieurs manières.

L'UNMISS surveille six violations graves :

  1. recrutement et utilisation d'enfants par des groupes armés 

  2. meurtres ou mutilations 

  3. viol et autres violences sexuelles 

  4. attaques contre les écoles et les hôpitaux 

  5. enlèvements 

  6. refus ou obstruction de l'accès humanitaire. (unmiss.unmissions.org)

UNMISS — Protection des enfants

La guerre détruit donc non seulement des vies, mais aussi le capital humain futur du pays.


26. Les violences sexuelles

Les violences sexuelles liées aux conflits constituent un autre aspect majeur.

Dans un rapport de l'ONU publié en 2026, l'UNMISS a vérifié des incidents ayant touché 247 survivants, dont :

  • 162 femmes ;

  • 84 filles ;

  • 1 homme.

Le rapport mentionne notamment des cas de viol, viol collectif, esclavage sexuel et mariage forcé. (Organisation des Nations Unies)

Ces chiffres doivent être considérés comme des cas vérifiés, et non comme le nombre total de victimes.

Dans les zones de guerre, les violences sexuelles sont souvent sous-déclarées à cause de la peur, de la stigmatisation, de l'absence d'accès aux services et des représailles.


27. La faim : l'autre champ de bataille

Le Soudan du Sud possède des terres agricoles importantes.

Pourtant, la production alimentaire est régulièrement détruite par :

  • les conflits ;

  • les déplacements ;

  • les inondations ;

  • la sécheresse ;

  • la destruction des marchés ;

  • l'insécurité sur les routes ;

  • la hausse des prix ;

  • le manque d'investissements.

En 2026, le PAM estime que 7,8 millions de personnes font face à des niveaux de faim correspondant à la crise ou pire pendant la période de soudure. (Programme Alimentaire Mondial)

Cela représente environ 55 % de la population selon les projections citées par la FAO et le PAM. (Programme Alimentaire Mondial)


28. Les niveaux les plus graves de faim

Selon les projections pour avril-juillet 2026 :

  • 7,8 millions de personnes : IPC Phase 3 ou pire ;

  • environ 2,5 millions : Phase 4, « Urgence » ;

  • environ 73 000 : Phase 5, « Catastrophe » ;

  • quatre comtés sont exposés au risque de famine selon l'analyse citée. (Programme Alimentaire Mondial)

PAM — situation alimentaire au Soudan du Sud en 2026


29. La malnutrition des enfants

Le problème est encore plus grave chez les enfants.

Le PAM estime qu'environ 2,2 millions d'enfants souffrent de malnutrition aiguë en 2026. Près de 700 000 enfants sont exposés à une malnutrition sévère et potentiellement mortelle. (Programme Alimentaire Mondial)

La malnutrition ne signifie pas uniquement faim.

Elle peut provoquer :

  • retard de croissance ;

  • faiblesse immunitaire ;

  • maladies répétées ;

  • retard cognitif ;

  • difficultés scolaires ;

  • mortalité accrue.

Une guerre peut donc avoir des conséquences qui durent bien après la signature d'un accord de paix.


30. Santé

Les conflits ont profondément affaibli le système de santé.

Les conséquences comprennent :

  • manque de médecins ;

  • manque de médicaments ;

  • destruction des centres de santé ;

  • difficulté d'accès aux zones rurales ;

  • déplacements des professionnels ;

  • épidémies ;

  • malnutrition.

L'UNICEF estime qu'en 2026 plus de 70 % de la population, soit environ 9,3 millions de personnes, ont besoin d'une aide humanitaire. (UNICEF)


31. Éducation

L'éducation est l'un des secteurs les plus durement touchés.

Les enfants déplacés changent fréquemment de lieu.

Les écoles peuvent être :

  • détruites ;

  • abandonnées ;

  • occupées par des déplacés ;

  • utilisées à des fins militaires ;

  • rendues inaccessibles par les combats.

L'UNMISS souligne que les attaques contre les écoles et les hôpitaux font partie des violations graves qu'elle surveille. (unmiss.unmissions.org)


32. Le pétrole : richesse et malédiction

Le pétrole est au centre du paradoxe économique sud-soudanais.

Le pays possède une ressource qui pourrait financer :

  • les routes 

  • les écoles 

  • les hôpitaux 

  • l'eau potable 

  • l'agriculture 

  • l'électricité.

Mais une économie trop dépendante d'une seule ressource devient extrêmement fragile.

La Banque mondiale explique en 2026 que l'économie sud-soudanaise reste fortement dépendante du pétrole et que les perturbations des infrastructures d'exportation au Soudan ont gravement affecté les finances publiques. (Banque Mondiale)

Banque mondiale — South Sudan Public Finance Review 2026


33. Pourquoi la guerre au Soudan depuis 2023 concerne aussi le Soudan du Sud

Depuis avril 2023, une nouvelle guerre ravage le Soudan, principalement entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide.

Ce conflit n'est pas la guerre historique Nord-Sud.

Mais il a des conséquences directes sur le Soudan du Sud.

Pourquoi ?

Parce que le pétrole sud-soudanais dépend des infrastructures situées au Soudan.

La guerre a donc perturbé :

  • les pipelines 

  • les routes commerciales 

  • les exportations 

  • les recettes publiques 

  • les mouvements de population.

La Banque mondiale identifie explicitement les perturbations de l'infrastructure d'exportation soudanaise comme un facteur de vulnérabilité économique du Soudan du Sud. (Banque Mondiale)


34. L'arrivée de réfugiés depuis le Soudan

La guerre au Soudan a également créé un énorme mouvement de population vers le Soudan du Sud.

Cela signifie qu'un pays déjà extrêmement pauvre doit accueillir des personnes supplémentaires alors que ses propres infrastructures sont insuffisantes.

L'UNICEF estime que la crise soudanaise a augmenté la population du Soudan du Sud d'environ 8,8 % grâce aux arrivées de réfugiés, ce qui exerce une pression considérable sur la santé, l'éducation et les services sociaux. (UNICEF)


35. La situation sécuritaire en 2026

La situation actuelle montre que la paix reste extrêmement fragile.

Entre janvier et mars 2026, l'UNMISS a documenté :

Catégorie Victimes
Civils affectés 1 388
Tués 767
Blessés 457
Enlevés 93
Violences sexuelles liées au conflit 71

Ces chiffres correspondent à des incidents documentés par l'ONU, et non nécessairement à toutes les victimes du pays. (unmiss.unmissions.org)

Rapport UNMISS — victimes civiles, janvier–mars 2026


36. Pourquoi ces chiffres ne peuvent pas être comparés directement aux 383 000 morts

C'est une distinction méthodologique fondamentale.

383 000 = estimation statistique de décès excédentaires sur plus de quatre ans.

767 = civils tués documentés sur trois mois en 2026.

Ce ne sont pas les mêmes types de données.

Le premier chiffre cherche à mesurer la mortalité globale liée à une crise.

Le second compte les victimes civiles que l'ONU a pu documenter.

Il serait donc scientifiquement incorrect de multiplier 767 par quatre et d'en déduire le nombre annuel de morts.


37. Le rôle de l'ONU

L'ONU a joué plusieurs rôles différents.

Avant l'indépendance

UNMIS a soutenu la mise en œuvre du CPA.

La mission avait notamment pour fonction de surveiller et soutenir le processus de paix. (press.un.org)

Après 2011

L'UNMISS a été créée pour soutenir le nouvel État.

À Abyei

L'UNISFA joue un rôle dans la sécurité de la région.

Aujourd'hui

L'UNMISS :

  • protège les civils 

  • documente les violations 

  • soutient l'aide humanitaire 

  • accompagne le processus politique 

  • surveille les violences. (unmiss.unmissions.org)


38. Le rôle de l'Union africaine

L'Union africaine et l'IGAD ont joué un rôle important dans les négociations.

La paix de 2005 n'était pas simplement un accord imposé par des puissances étrangères.

Elle était le résultat d'un processus impliquant notamment :

  • l'IGAD 

  • le Kenya 

  • l'Union africaine 

  • les États-Unis 

  • le Royaume-Uni 

  • la Norvège 

  • les Nations unies.

Le processus de Nairobi/Naivasha est donc un exemple important de diplomatie africaine soutenue par des partenaires internationaux. (Organisation des Nations Unies)


39. Les réussites du processus de paix

Il serait injuste de dire que le processus de paix a complètement échoué.

Il a obtenu plusieurs résultats historiques.

Il a mis fin à la guerre de 1983–2005.

Il a permis le retour de millions de personnes.

Il a créé un gouvernement autonome du Sud.

Il a organisé le référendum.

Il a permis la naissance du Soudan du Sud sans une guerre totale entre les deux États.

Il a créé des mécanismes internationaux de surveillance.

La signature du CPA était donc une réussite diplomatique majeure. (Organisation des Nations Unies)


40. Mais pourquoi la paix n'a-t-elle pas duré ?

Le principal problème est que la paix de 2005 a réglé certaines questions sans résoudre toutes les structures du conflit.

Il restait notamment :

  • Abyei 

  • les frontières 

  • le pétrole 

  • le statut des populations frontalières 

  • les groupes armés 

  • les régions du Kordofan méridional et du Nil-Bleu 

  • les questions de citoyenneté 

  • les ressources.

La séparation politique n'a donc pas créé une séparation économique et sociale complète.


41. Le coût économique

La guerre coûte bien plus que le prix des armes.

Elle détruit :

  • les infrastructures 

  • le capital humain 

  • les marchés 

  • les investissements 

  • les récoltes les recettes fiscales.

Elle détourne également l'argent public vers :

  • la sécurité 

  • l'armée 

  • les groupes armés 

  • les opérations d'urgence.

La Banque mondiale souligne en 2026 que les dépenses publiques sud-soudanaises sont très importantes par rapport au PIB mais restent fortement orientées vers l'administration, la sécurité et l'ordre public, alors que la santé, l'éducation et la protection sociale sont très sous-financées. (Banque Mondiale)


42. Le paradoxe du développement

Le Soudan du Sud est un cas particulièrement frappant.

Il possède :

du pétrole + des terres agricoles + des ressources naturelles + une population jeune.

Mais il souffre de :

pauvreté + conflits + faibles institutions + infrastructures insuffisantes + dépendance pétrolière + déplacements + chocs climatiques.

Le problème n'est donc pas simplement l'absence de ressources.

C'est la difficulté de transformer les ressources en institutions, services publics et développement durable.


43. Le changement climatique

Les conflits sont aggravés par les inondations et les autres chocs climatiques.

Les inondations peuvent :

  • détruire les récoltes 

  • déplacer les populations 

  • tuer le bétail 

  • détruire les routes 

  • rendre les marchés inaccessibles 

  • augmenter les maladies.

La Banque mondiale inclut désormais explicitement la résilience climatique et la sécurité alimentaire dans ses stratégies de développement pour le Soudan du Sud. (Banque Mondiale)


44. Une crise qui se transmet d'une génération à l'autre

C'est peut-être la conséquence la plus profonde.

Un enfant né en 2005 :

  • a connu la fin de la guerre Nord-Sud 

  • a grandi pendant l'indépendance 

  • a connu la guerre civile de 2013 

  • a connu les déplacements 

  • puis les crises alimentaires 

  • et aujourd'hui la violence persistante.

Autrement dit :

une partie de la population n'a jamais connu une période prolongée de stabilité.

Cela explique pourquoi les conséquences économiques et psychologiques sont si difficiles à inverser.


45. Tableau général des pertes humaines

Conflit Période Estimation
Deuxième guerre civile Nord–Sud 1983–2005 plus de 2 millions de morts
Même conflit 1983–2005 ≈ 4 millions de déplacés
Même conflit 1983–2005 ≈ 600 000 réfugiés
Guerre civile du Soudan du Sud décembre 2013–avril 2018 ≈ 383 000 décès excédentaires
Violence au Soudan du Sud janvier–mars 2026 767 civils tués documentés
Violence au Soudan du Sud janvier–mars 2026 1 388 victimes civiles documentées

Sources : ONU, LSHTM et UNMISS. (Organisation des Nations Unies)

Attention

Il ne faut surtout pas additionner automatiquement ces chiffres.

Les périodes, les méthodes de calcul et les conflits sont différents.


46. Tableau des conséquences

Domaine Conséquence
Population millions de morts et déplacés
Agriculture destruction des récoltes et déplacement des agriculteurs
Santé système sanitaire extrêmement fragile
Éducation accès très limité et écoles affectées par le conflit
Économie dépendance massive au pétrole
Finances publiques revenus très instables
Sécurité présence persistante de groupes armés
Frontière plusieurs questions non résolues
Abyei statut toujours politiquement sensible
Pétrole dépendance aux infrastructures soudanaises
Alimentation 7,8 millions en crise ou pire en 2026
Enfants 2,2 millions souffrant de malnutrition aiguë
Déplacement nouveaux mouvements liés à la guerre au Soudan
Droits humains meurtres, enlèvements et violences sexuelles

47. Les trois grands paradoxes de cette histoire

Paradoxe 1 : l'indépendance sans paix

Le Soudan du Sud obtient son indépendance en 2011, mais entre en guerre civile deux ans plus tard.

Paradoxe 2 : le pétrole sans prospérité

Le pays possède une ressource extrêmement précieuse mais reste l'un des pays les plus fragiles au monde.

Paradoxe 3 : la séparation sans véritable séparation

Les deux pays sont politiquement séparés, mais restent liés par :

  • le pétrole 

  • les pipelines 

  • le commerce 

  • les populations 

  • les pâturages 

  • les frontières 

  • la sécurité.


48. Ce que les données permettent réellement de conclure

Les données internationales permettent d'établir avec une forte confiance que :

1. La guerre de 1983–2005 a provoqué une catastrophe humaine dépassant deux millions de morts. (ONU Paix)

2. Elle a déplacé environ quatre millions de personnes. (Organisation des Nations Unies)

3. L'accord de 2005 a ouvert la voie à l'indépendance. (Peacemaker)

4. Le référendum de 2011 a donné une majorité écrasante à l'indépendance : 98,83 %. (ONU Paix)

5. Les relations entre les deux États sont restées extrêmement conflictuelles après 2011. (Organisation des Nations Unies)

6. La guerre civile sud-soudanaise après 2013 a causé environ 383 000 décès excédentaires selon une étude scientifique. (LSHTM)

7. En 2026, la violence reste importante. (unmiss.unmissions.org)

8. La crise alimentaire reste massive : 7,8 millions de personnes en crise ou pire pendant la période de soudure 2026. (Programme Alimentaire Mondial)

9. Le pétrole reste au cœur de la vulnérabilité économique du pays. (Banque Mondiale)


49. Conclusion générale

L'histoire du Soudan et du Soudan du Sud ne peut pas être racontée comme une simple guerre entre deux pays.

Elle commence par une longue lutte autour de l'identité, du pouvoir, des ressources et de l'autodétermination.

Elle atteint son point le plus meurtrier pendant la guerre de 1983–2005, qui fait plus de deux millions de morts et déplace environ quatre millions de personnes selon les Nations unies. (ONU Paix)

L'accord de 2005 constitue alors une rupture historique. Il transforme la guerre en processus politique et donne aux Sud-Soudanais la possibilité de choisir leur avenir. (Peacemaker)

Le résultat est sans ambiguïté : 98,83 % votent pour l'indépendance. (ONU Paix)

Mais l'indépendance ne résout pas automatiquement les problèmes.

Le pétrole crée une interdépendance avec Khartoum.

Abyei reste contestée.

Les frontières restent sensibles.

Les combats de 2012 montrent que les deux États peuvent encore entrer directement en confrontation.

Puis la guerre de 2013 démontre que le problème n'est plus seulement la relation entre Nord et Sud : le nouvel État sud-soudanais connaît lui-même une guerre civile extrêmement meurtrière.

L'estimation scientifique de 383 000 décès excédentaires entre décembre 2013 et avril 2018 montre que la violence directe ne représente qu'une partie du coût humain. La faim, les maladies et les déplacements tuent également. (LSHTM)

En 2026, le pays reste pris dans un cercle extrêmement difficile :

conflit → déplacement → destruction de l'agriculture → faim → pauvreté → faiblesse de l'État → nouveau conflit.

Les chiffres actuels confirment que cette histoire n'est pas simplement historique. Au premier trimestre 2026, l'ONU a documenté 767 civils tués, tandis que le PAM estime que 7,8 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou pire. (unmiss.unmissions.org)

Le problème fondamental n'est donc plus seulement de savoir qui possède le territoire.

La véritable question est désormais :

Comment transformer l'indépendance politique du Soudan du Sud en sécurité, institutions, développement économique et paix durable ?

C'est cette question qui déterminera si l'indépendance de 2011 devient finalement le début d'une véritable reconstruction — ou simplement une nouvelle étape dans une histoire de guerres successives.

 

 

 


Sources internationales principales

Nations unies

ONU — Historique de la guerre Nord–Sud et bilan humain

ONU — Accord de paix global de 2005

ONU — Référendum de 2011

ONU — Résolution 2046 du Conseil de sécurité

ONU — UNMISS, rapports sur les droits humains

Cour permanente d'arbitrage

Affaire Abyei — Cour permanente d'arbitrage

London School of Hygiene & Tropical Medicine

Étude scientifique — 383 000 décès au Soudan du Sud

Banque mondiale

South Sudan — Banque mondiale

South Sudan Public Finance Review 2026

South Sudan Public Finance Review — document complet

Programme alimentaire mondial

PAM — Situation alimentaire du Soudan du Sud en 2026

PAM — South Sudan Emergency

UNICEF

UNICEF — Appel humanitaire pour le Soudan du Sud en 2026

UNMISS

UNMISS — Victimes civiles, janvier–mars 2026

UNMISS — Protection des enfants

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